LE JAUNE DU BOUDHISME
En Orient, la couleur jaune est aussi celle du boudhisme. Le Bouddha avait clairement défini quels devaient être les vêtements des moines et interdit certaines couleurs, l'indigo notamment. Les dignitaires de la religion bouddhique se doivent d'être habillés d'étoffes teintes avec du safran. Le safran a une connotation bien distincte de celle du curcuma. En Inde, il est associé aux Rajput, envahisseurs venus de la Haute Asie au début de l'ère chrétienne et fondateurs des castes guerrières. Lorsque leurs citadelles étaient assiégées. Les Rajput partaient livrer le combat suprême en portant des vêtements teints dans une décoction de safran. Depuis, le jaune safrané évoque la vigueur virile. Dans des chants à double entente dissimulant des propos érotiques, les femmes font allusion à la puissance sexuelle de leur mari à travers cette couleur. Le safran est également associé aux sadhu, sages réputés saints, qui apposent sur leur front la marque caractéristique de la secte à laquelle ils appartiennent à l'aide d'une pâte de safran et de bois de santal. Souvent, la cendre prélevée dans le petit feu face auquel le sadhu médite est ajoutée à la composition.
L'ocre jaune symbolise quant à lui, dans le bouddhisme, le renoncement au monde. Les ascètes en colorent les haillons ramassés au cour de leurs pérégrinations, lesquels, cousus ensemble, leur tiennent lieu de vêtement. Mais il s'agit d'une teinture imprégnation, qui doit être régulièrement renouvelée.
En Chine, la couleur jaune est également associée au bouddhisme, dont les temples sont signalés par des papiers jaunes fixés sur les portes.
LE CURCUMA, JAUNE SACRé DE LA POLYNéSIE
Pour les cultures polynésiennes, le jaune est une couleur d'essence divine qui s'incarne dans le curcuma. Dans plusieurs langues de ces contrées, le terme "jaune" dérive même directement du nom de la plante. Le curcuma est la nourriture des dieux. C'est donc une substance sacrée autour de laquelle s'organise l'existence de nombreux peuples, notamment les Tipokias.
Jusqu'au début du siècle, le curcuma a été la principale richesse de cette peinture corporelle, il fait l'objet de nombreux tabous. On prépare le pigment dans un lieu préparer pour, proche d'une source d'eau fraîche. Le teinturier, soumis à de strictes interdictions alimentaires et tenu loin des femmes, y réside tout le temps de l'opération. La racine de curcuma râpée est mise à bouillir dans de l'eau pendant une ou deux heures. Une fois l'eau évaporée, le pigment recueilli est chauffé dans des fours, sous haute surveillance afin qu'il ne brûle pas. A la fin de la cuisson, le pigment jaune devient une sorte de galette, qui est enveloppée dans une écorce. Le vêtement à teindre est alors placé dans une marmite sur le feu avec une part de la galette et de l'huile de noix de coco, jusqu'à ébullition. Si les obligations et les interdits rituels ont été respectés, la teinture est réussie ; sinon, la couleur ne prend pas, et le teinturier doit avouer sa faute et recommencer toute l'opération, Le curcuma, lorsqu'il est appliqué sur la peau, après avoir été mélangé à de l'huile de coco, est plus qu'un simple ornement. Il a une signification rituelle, car il est le parfum des dieux, censé les attirer et provoquer un intérêt bienveillant envers la personne qui l'arbore. On en recouvre le corps des jeunes initiés. Il est aussi utilisé comme médicamentn et les chefs ont le privilège de le priser.
En Mélanésie, la couleur jaune issue du curcuma s'inscrit également dans de nombreux rites. Ainsi, lorsque la fille d'un noble de l'ethnie lau des îles Fidji atteint l'âge de seize ou dix-sept ans, elles devient "interdite de soleil" et doit demeurer quelque temps recluse dans la maison. Durant cette période, son corps est enduit d'un mélange de curcuma et d'huile afin que sa peau soit plus éclatante... Mais personne ne doit la voir de crainte que sa couleur lumineuse ne se trouve ternie.
- D'après vous...?